Nos blogs préférés

vendredi 13 novembre 2020

LES AVENTURES D'ELISA : épisode 3, les défis du quotidien #1


Bonjour tout le monde, 

Nous reprenons le récit des aventures d'Elisa en Amazonie.

Vous pouvez retrouver l'épisode 1 ici et l'épisode 2 

Je vous rappelle où elle est exilée ;-)


la carte de l'Equateur : 
nous habitons à peu près au point bleu et Elisa au point rouge



le jeu : cherche la route pour rejoindre Macuma... 
(la ligne blanche serpentant plus haut est une rivière, bien sûr ;-)

 
Comme tout le pays, Macuma est resté en confinement de mars à septembre. Pas de moyen de transport et donc pas d'approvisionnement. Elisa est pudique à ce sujet mais nous savons que se nourrir a été un peu compliqué pendant cette période. Les habitants de la communauté ont surtout mangé ce qui pousse localement :  bananes plantains et manioc. Très peu de fruits, donc. 

Peu de viande aussi. 

Je vous rassure : personne n'est mort de faim, mais les "apaches" (= appellation donnée par les Shuars aux non-Shuars) ont vraiment dû s'adapter... 

C'était suffisamment rare, et réjouissant, pour qu'Elisa nous envoie la photo. Cela doit vous donner une idée des défis du quotidien, dans un coin reculé de la jungle. Aggravés par le confinement...

J'ai demandé à Elisa de nous raconter son confinement. Elle a décidé de l'intituler : "Le Blocage, la Bouffe". 

Je vous laisse découvrir.    

"Les premiers jours (ou premières semaines ; on ne sait plus compter depuis que cette histoire a commencé), du confinement, nous avons vécu dans la négation, persuadées que le prix de l'essence allait remonter (cause principale de la grève d'octobre). Comme ça, le gouvernement aurait bien joué son tour et tout le monde sortirait manifester et nous... prêcher !.

Les jours passant, on a senti les gens se laisser envahir par la peur. Et la communauté par le silence. Ils ont soudain tous disparu, partis dans la jungle, loin, là où ils ont leurs petites "fincas (= fermes). Là où seuls les Shuars savent aller, là où seuls les Shuars savent survivre. 

Ils ont fermé tous les accès aux villes. Interdit d'entrer, et si l'on sort, interdit d'y entrer à nouveau. Mais qui a besoin des villes ? La forêt a tout ce qu'il faut pour survivre : manioc, bananes plantains et toutes sortes d'animaux et d'insectes à manger...

Mais nous ? Les "Apaches" ? On mange quoi ? 

Au bout de deux semaines de bananes cuites, crues, fritouillées, sucrées, salées, on n'en pouvait plus. On rêvait d'oignons d'Egypte ;-) Bêtement, on pensait à tout ce qu'on ne pouvait pas manger. Et on voyait nos maigres réserves s'épuiser peu à peu, sans que le moindre camion ne s'arrête pour nous vendre ne serait-ce qu'un sac de pâtes...

Les camions chargés de provisions entraient une fois par semaine à la ville de Taisha, à 2 heures d'ici. Mais avec interdiction absolue de s'arrêter en route (chez nous, quoi, plus ou moins)

Un jour, un camion a renversé sa cargaison à 50 mètres de la maison ! On a bien sûr aidé le chauffeur à ramasser sa charge. Comme il a eu très peur de se faire dépouiller (les "clichés" ont la vie dure), il a accepté de nous vendre quelques légumes ! 

(ou alors c'est la force de conviction de la machette d'Elisa)
(c'est moi qui ajoute cette remarque)


Une autre fois, notre ami Jeremías arrive avec un sac noir contenant de la viande fraîche. Viande de cerf, la chasse du jour, fraîche et exceptionnellement tendre. Un vrai mets de roi !

Chez les Shuars, il y a deux écoles qui s'opposent concernant la viande  de cerf. La première s'en délecte (et j'en fais partie ;-). La deuxième respecte un vieux mythe disant que le cerf est leur grand-mère réincarnée qui vient rôder autour de la maison. Il ne faut donc pas la manger...


viande de cerf offerte par Jeremías

On n'attend pas plus longtemps, hein, bien sûr !

Même si nous avons mangé tous les jours du manioc et des bananes, nous avons constamment vécu ce que j'ai envie d'appeler des miracles ou des clins d'oeil.

Au mois de mai (confinement total depuis mi mars), alors que la nourriture s'épuisait encore une fois, nous avons commencé à rationner les réserves et estimé qu'il nous restait environ une semaine de bouffe. 

Question : comment nous faire ravitailler ???

Un frère qui prenait toujours de nous nouvelles nous raconte alors que Don José, le mari d'une soeur Shuar, travaille pour le Ministère de la Santé au transport d'oxygène. Il a un laissez-passer entre Taisha et Macas (regardez sur la dernière carte). Il pourrait donc récupérer les courses que les frères de Macas feraient pour nous grâce à l'aide que le comité de secours du pays nous  a allouée. Pas de temps à perdre ! Il faut nous organiser rapidement : liste de courses, contacts des différents intervenants, etc. 

Sagement, on a pensé "et si on achetait aussi des médicaments, au cas où ?" Une illumination ! On ne savait pas combien, hélas, on allait en avoir besoin....

Don José est arrivé bien plus tard que prévu mais bien chargé avec les provisions commandées pour toute l'assemblée. Il n'avait pas l'air ravi de venir jusqu'à nous. Mais un bon petit plat avec nos derniers grains de riz et nos dernières lentilles l'a aidé à calmer son amertume. Il nous a dit que ça faisait des mois qu'on ne l'avait pas missionné en ville. Il était très surpris de ce déplacement. Nous non ;-)

On n'a pas arrêté de voir la main de Jéhovah dans toute cette affaire. D'autant plus ce voyage a été le dernier de Don José... Une semaine après, il mourait d'une péritonite aiguë



ça vous tente ? 
vous ne savez pas ce que c'est, hein ?

(Chiachia et Popo sont les surnoms des nièces d'Elisa)



Ben, c'est ça...


Ah oui, et bien sûr, pas d'approvisionnement donc pas de gaz pour cuisiner. Tout au feu de bois. 


"haricots beurre" en cuisson


Ici, si tu veux manger du poulet, faut tuer la poule avant. 


Et la plumer, la vider, et tout et tout. Et pour la petite histoire, Elisa et sa colocataire ont échangé cette poule contre des vêtements. Quand tu dois revoir tes priorités ;-) 

Du coup, puisque désormais il faut cuisiner dehors, autant se construire une "cuisine d'été". C'est parti !



Elisa nous livre dans le récit suivant ses "Anecdotes du confinement". 

Je vous laisse découvrir ses mots à elle.

Anecdotes d’une quarantaine

Campagne d'invitation-journée de pêche

Lorsque la quarantaine est arrivée, mon scepticisme face à la possibilité d’une pandémie mondiale dépassait ma foi dans l’accomplissement des prophéties des derniers jours. Non pas que je ne crois pas aux prophéties, bien au contraire, mais tout ça me semblait bien une manipulation des gouvernements, un prétexte pour faire passer des lois ou vendre plus de paracétamol ou n’importe quel vaccin improvisé, un complot, etc. 

Et puis surtout... ça ne m’arrangeait pas, je venais d’arriver dans ma nouvelle affectation, j’avais tant à découvrir, à marcher, à rouler (ma maman venait de m’acheter une moto pour que je puisse aller loin faire mes études). Nous étions prêts pour la campagne d’invitation à la commémoration, deux groupes des frères viendraient nous aider pour couvrir notre territoire dans la jungle dont un groupe du Bethel. Je rêvais d’y aller, mon sac était prêt, et aucun complot n'allait m'arrêter...

Lorsque les frères nous ont dit qu’ils ne viendraient pas, je me suis dit: "bande de dégonflés, c’est vous qui ratez une belle occasion de prêcher Into The Wild !"

J’étais loin de croire que dans le monde entier le mémorial 2020 serait aussi... différent, qu’il se ferait dans nos maisons... 

Nous allions donc juste partir, nous, les 7 proclamateurs du groupe, inviter les gens coûte que coûte. 

Mais, très rapidement, les instructions nous ont coupé les ailes. Pas de campagne d’invitation de maison en maison, pas même de prédication. Mais vu que tout était prêt pour partir et que nous avions déjà de l’élan, nous nous sommes accordé une petite sortie pour pêcher dans la rivière de Kim. 

Ce jour reste un extraordinaire souvenir de la beauté bucolique de la jungle. Nous avons marché sous la pluie toute la matinée, Mèche et moi n’avancions pas vite parce qu'on s’arrêtait contempler et arracher chaque plante qui nous plaisait pour l’apporter chez nous. 

C’est aussi là que je me suis fait piquer par une fourmi venimeuse et appris que certaines orchidées ont un garde du corps qui les protège: ça peut être une grosse fourmi ou un scorpion. Morale de l’histoire: ne jamais arracher une orchidée sans vérifier que le garde ne soit pas là :-)

On a fait une incision avec un bistouri improvisé (c'est-à-dire l’épine d’une plante) sorti le poisson de fourmi et continué le voyage. Et j’ai gardé mon orchidée

En arrivant à la rivière, nous étions trempés, le sol était trempé, le bois était trempé et nous avions très, très, très faim. 

Jérémias nous a montré que la jungle c’est sa maison et que nous étions exactement dans sa cuisine. Il a commencé à récupérer des bouts de bois qu’il tapait, sentait, incisait légèrement avec sa machette, jetait quelques-uns et gardait d'autres. Ensuite, il a fait des petits copeaux de bois, a mis des bouts plus grands et a fait couler la sève d’un résineux de la jungle qui brule mieux qu’une bougie. Puis, avec des bâtons, il a fabriqué une grille pour poser les aliments. 

En moins de 15 minutes,  le riz était en train de cuire, on a ouvert nos boîtes de thon (oui, c’est logique: on part pêcher et on apporte du thon dans les sacs au cas où ;-). 

Après le repas, le soleil a commencé à apparaître mais pas les poissons.  Nous nous sommes quand même jetés à l’eau pour faire semblant de pêcher et nous tremper un peu plus. 

Le retour à la maison fut aussi fascinant que l’aller. La forêt nous enivrait, tout simplement. Ce jour-là, il n’y a pas eu de pensée sur le futur. Pandémie, coronavirus, zoom étaient des mots sans signification, sans affect, sans incidence... On a juste vécu le présent, on était juste heureux, et reconnaissants à Jehovah de nous avoir donné l’occasion de visiter une partie de la création et de la vivre aussi pleinement....

Il a plu toute la journée ; la soirée n’a pas été très différente et ça a d'ailleurs été le cas pendant 2 jours. 

Lorsque la pluie s'est arrêtée, la rivière à 50 mètres de la maison était presque dans notre jardin, elle avait emporté le pont qui nous amenait à la ville par le raccourci... Depuis, on a bien essayé à plusieurs reprises de raccommoder ce pont avec les planches qui flottaient encore dans l’eau mais rien n’a jamais tenu bien longtemps. 

Ce pont arraché était l’allégorie de ce qui nous attendait : un grand changement, une rupture, la brume, un avant et un après, la suite serait du bricolage au quotidien, du débrouillage pour y arriver... et encore, arriver mais pas bien loin."


Je reprends la plume. J'avais prévu de rédiger un article sur les défis du quotidien d'Elisa. Finalement, après avoir échangé avec elle et écouté ses différents récits, je crois que plusieurs articles s'imposent : trop de défis pour les raconter dans le même article !

Elisa est une amie très proche depuis très longtemps. Même si nous connaissons bien ses qualités et son caractère et que nous ne sommes pas du tout surpris de son affectation au fin fond de la jungle, elle nous impressionne par sa ténacité, son état d'esprit positif et son courage (entre autres). Une belle grande personne. Nous t'aimons très fort et sommes très fiers de toi ;-)

Pour ceux et celles qui auront un peu "pitié" d'elle et de ses conditions de vie, je vous livre ici un extrait d'un message que j'ai reçu d'elle ce matin même : 

"Merci de m'avoir motivée à écrire... ça m'aide à réaliser plein de choses. Premièrement, que je suis en train d'accomplir un rêve de service".

Voilà pour cette première partie de l'épisode 3. A bientôt pour de nouvelles aventures !

Bien affectueusement !


3 commentaires:

  1. Wooow 😳
    Très belle histoire. Es hermoso ver cómo Jehová está cerca de cada una de sus ovejitas. Eli sigue dando lo mejor de ti y continúa disfrutandolo al máximo. Que Jehová siga bendiciendote mucho más. Un abrazo

    RépondreSupprimer